Le Corbusier et la Loi du Ripolin
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Le Corbusier et la Loi du Ripolin

En 1925, l’architecte Le Corbusier publie L’Art décoratif d’aujourd’hui, ouvrage dans lequel il développe une Loi du Ripolin qui établit un parallèle entre le nettoyage des murs et celle de l’esprit. Passer une couche de blanc sur ses murs serait, pour lui, une opération de renouveau à la fois concret et moral. Cette loi lui permet également de donner sa définition de l’art.

La Loi du Ripolin de Le Corbusier

« Concevez les effets de la Loi du Ripolin. Chaque citoyen est tenu de remplacer ses tentures, ses damas, ses papiers peints, ses pochoirs, par une couche pure de Ripolin blanc. On fait propre chez soi : il n’y a plus de coin sale, ni de coin sombre : tout se montre comme ça est. (…) Vous serez à la suite du ripolinage de vos murs maître de vous. » Ainsi Le Corbusier définit-il l’utilisation d’une peinture claire Ripolin. Chasser le superflu, choisir la pureté du blanc et faire place nette, une manière de libérer son esprit et de créer une symbiose parfaite entre l’intérieur d’une maison et la conscience. Le Corbusier part en effet du principe qu’une maison trop chargée se transforme en musée et l’esprit en concierge. Avec une couche de Ripolin blanc, l’Homme ne s’encombre pas avec les fioritures du passé ou les passions diverses et choisit d’être neutre vis à vis de ses émotions pour mieux les maîtriser. La Loi Ripolin de Le Corbusier donne une tout autre définition de l’espace intérieur. « Quand l’ombre et les coins noirs vous entourent, vous n’êtes chez vous que jusqu’à la limite trouble de ces zones obscures que votre regard ne perce pas ; vous n’êtes pas maître de vous. » Les parois blanches permettraient ainsi de lever les angoisses et de rendre à l’individu la pleine possession de son habitation et, par métaphore, de son esprit.

La peinture blanche Ripolin ou la pureté de l’art pour Le Corbusier

En critiquant la couleur, Le Corbusier dénonce les passions et donne sa définition de l’art. Pour lui, les couleurs alimentent le désordre, aussi prône-t-il un retour à la clarté et à la pureté via un intérieur immaculé par une peinture Ripolin blanche. Là est la véritable beauté. Le blanc permet en effet de créer des contrastes, de les mettre en valeur. « Si la maison est toute blanche, le dessin des choses s’y détache sans transgression possible » explique-t-il. Par le blanc, Le Corbusier cherche la fonctionnalité et rejette le panache des couleurs qui, selon lui, s’estompe aussitôt et trompe. Après l’émerveillement du premier regard, les couleurs se trouvent dénuées de toute spiritualité, tandis que le blanc, lui, permet de mettre en valeur les lignes, les traits de l’art. Via l’éloge de la peinture blanche, Le Corbusier donne sa définition d’un art pur, rationnel, sobre. L’exubérance et l’exhibitionnisme des couleurs sont trompeurs alors que l’art doit provoquer un émoi pur que la peinture blanche Ripolin permet de révéler.

La loi du Ripolin de Le Corbusier est encore étudiée dans l’appréhension de l’art décoratif.